Ce roman d'anticipation fait suite à De la Terre à la Lune, paru quatre ans plus tôt. Jules Verne y relate les aventures de trois compagnons en orbite autour de la Lune, à bord d'un obus propulsé depuis la Terre par un canon géant.
Cependant, les voyageurs, si rapprochés de leur but, ne cessaient plus d’observer ce monde nouveau. Leur imagination les promenait à travers ces contrées inconnues. Ils gravissaient les pics élevés. Ils descendaient au fond des larges cirques. Çà et là, ils croyaient voir de vastes mers à peine contenues sous une atmosphère raréfiée, et des cours d’eau qui versaient le tribut des montagnes. Penchés sur l’abîme, ils espéraient surprendre les bruits de cet astre, éternellement muet dans les solitudes du vide.
Cette dernière journée leur laissa des souvenirs palpitants. Ils en notèrent les moindres détails. Une vague inquiétude les prenait à mesure qu’ils s’approchaient du terme. Cette inquiétude eût encore redoublé s’ils avaient senti combien leur vitesse était médiocre. Elle leur eût paru bien insuffisante pour les conduire jusqu’au but. C’est qu’alors le projectile ne « pesait » presque plus. Son poids décroissait incessamment et devait entièrement s’annihiler sur cette ligne où les attractions lunaires et terrestres se neutralisant, provoqueraient de si surprenants effets.
Cependant, en dépit de ses préoccupations, Michel Ardan1 n’oublia pas de préparer le repas du matin avec sa ponctualité habituelle. On mangea de grand appétit. Rien d’excellent comme ce bouillon liquéfié à la chaleur du gaz. Rien de meilleur que ces viandes conservées. Quelques verres de bon vin de France couronnèrent ce repas. Et à ce propos, Michel Ardan fit remarquer que les vignobles lunaires, chauffés par cet ardent soleil, devaient distiller les vins les plus généreux, – s’ils existaient toutefois. En tout cas, le prévoyant Français n’avait eu garde d’oublier dans son paquet quelques précieux ceps2 du Médoc et de la Côte-d’Or, sur lesquels il comptait particulièrement.
L’appareil Reiset et Regnault fonctionnait toujours avec une extrême précision. L’air se maintenait dans un état de pureté parfaite. Nulle molécule d’acide carbonique ne résistait à la potasse, et quant à l’oxygène, disait le capitaine Nicholl, « il était certainement de première qualité ». Le peu de vapeur d’eau renfermé dans le projectile se mêlait à cet air dont il tempérait la sécheresse, et bien des appartements de Paris, de Londres ou de New York, bien des salles de théâtre ne se trouvent certainement pas dans des conditions aussi hygiéniques.
Jules Verne, Autour de la Lune, 1869.
1. Michel Ardan : nom d'un des aventuriers participant à l'expédition lunaire. 2. Ceps : pied de vigne pouvant être replanté en terre.
Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.frTélécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/francais-premiere ou directement le fichier ZIPSous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0 